Bolivie: Ascencion du Huayna Potosi

Heure, date : Jeudi 12 mai 2016, 6h15 du matin
Altitude : 6088m
Lieu : sommet du Huayna Potosi, Bolivie.
Émotion ressentie : Indescriptible

3 jours d’acclimatation, 6h de marche pour parcourir 800 mètres, quand le soleil se lève enfin, je contemple la beauté du lieu et je me rappelle tous les efforts consentis pour en arriver la…

Retour en arrière…

 

En 2011, on avait atteint le camp de base de l’Everest avec ma compagne situé a 5335m d’altitude et c’est de la qu’a commencé mon addiction pour les treks en haute montagne…
5 ans plus tard après avoir bien économisé en Nouvelle Zélande pendant 3 ans nous nous sommes lancés dans un road trip des Amériques sur 15 mois et dans ma tête résonnait un mot :Cordillère des Andes…le deuxième endroit sur la planète après le Népal ou l’on peut gravir des sommets de plus de 6000 mètres.


Partis des USA en Septembre 2015, nous sommes passés par tout type de climat, nous avons pu nous exercer à la marche, a l’altitude, notamment au Pérou ou la plupart des treks dépassent rapidement les 4500 mètres d’altitude.
Nous avons hésité sur le sommet à gravir, nous voulions un 6000 mètres pour marquer le coup et surtout voir si nous en étions capables physiquement (ceux qui connaissent George Mallory, le premier à avoir gravi l’Everest a dit une phrase que j’aime citer : pourquoi gravir les montagnes ? parce qu'elles sont là !)


Au Pérou à coté d’Arequipa, nous avions le choix de gravir le Chachani ou le volcan Misti mais le temps était nuageux et nous avions entendu parler du Huayna Potosi en Bolivie, un 6000 mètres «accessible » avec une vue majestueuse au sommet.

Arrivés à la Paz, la capitale bolivienne, nous nous sommes mis a la recherche d’une agence qui organisait ce trek, chose facile à trouver, la montagne étant uniquement a une vingtaine de kilomètres de la ville et donc les agences à La Paz fleurissent à chaque coin de rue.
Après quelques agences, nous nous fixons sur une, qui a l’air correct, le matériel de location a l’air bon (chaussures, crampons, gants, bonnets, pantalon de ski etc.…), nous rencontrons le guide qui grimpe cette montagne quasiment tous les jours et nous nous décidons donc à partir pour 3 jours.

 

A peine sorti de la ville qui est une immense cuvette, nous sommes déjà à 4800m d’altitude (la Paz étant la capitale la plus haute au monde), et nous entrevoyons les contreforts de la cordillère des Andes et au loin le sommet tant attendu et redouté, le Huayna Potosi dans toute sa splendeur.

Le guide nous dit que le taux de réussite du sommet est de 58% en moyenne, nous apprendrons par la suite qu’en réalité il est plus proche de 25%...

En arrivant, il nous offre le choix suivant : rester la première nuit au 1er refuge a 4700m ou monter directement au second refuge a 5130 mètres, ou nous pouvons rester 2 nuits pour nous acclimater…
La décision est vite prise et nous montons directement au deuxième refuge, avec un temps sublime et en face de nous si prés et si loin en même temps le sommet, tout de blanc étincelant.

L’ascension entre le camp 1 et 2 nous prend 1h30/2h à peu prés, la vue est de plus en plus belle a mesure que nous montons et nous arrivons au refuge, avec une vue exceptionnelle sur la montagne, le glacier et la vallée derrière nous.
D'autres personnes sont la aussi, nous sommes un petit groupe de 10 environ, tous la pour le même objectif, le sommet dans moins de 48h...
Le lendemain le guide nous dit que nous allons nous exercer sur le glacier à coté, pendant quelques heures.
Comment marcher avec des crampons sur la glace, utiliser correctement un piolet etc...

Je m'en sors plutôt bien, mais ma compagne montre clairement des signes d’épuisement du au manque d’oxygène (nous sommes a plus de 5000m d'altitude).
Nous en discutons avec le guide, qui est assez tranchant dans sa façon de répondre : Toi tu pourras mais ta copine non...
S'en suit pas mal de discussions et de frustrations, car le guide nous dit qu'une personne seule ne peut redescendre par ses propres moyens il faut qu'elle soit accompagner d'un guide...en clair, si un de nous 2 abandonne, l’autre aussi...
On tente de voir avec les autres guides, mais la plupart gère des personnes seules et non des groupes donc impossible de s'assurer que quelqu'un puisse redescendre avec ma compagne en cas de besoin.


Finalement ma compagne se sentant mal (mal de tête, vomissements), on prend la décision que je monterais tout seul avec le guide et qu'elle m'attendra au camp.
Décision qui n'est pas évidente a prendre, surtout en couple, mais nécessaire vu la condition physique requise.
La journée passe et les guides nous regroupent vers 14h en nous briefant sur les prochaines 24h à venir.

Nous commencerons le trek vers minuit et demi, pour atteindre le sommet a 6h30 du matin environ, ils nous encouragent a nous coucher a 18h et d'essayer de dormir un peu (ou tout du moins de se relaxer).
Bien évidemment, dormir a 18h est chose impossible, on entend tout le monde se retourner dans son sac de couchage, songer a l’épreuve qui nous attend, et se demander tous la même question: peux t on y arriver ?

Minuit et demi arrive, et au final tout le monde a un peu dormi, et le réveil est brutal...
Peu de mots sont échangés, tout le monde s'habille a la lumières des lampes frontales, les sacs sont préparés, je dis au revoir a ma compagne, non sans tristesse de pas pouvoir réaliser ce challenge a 2.
La température est de zéro degré, mais avec les couches de vêtements, gants, bonnets etc…Je ne sens rien du tout (tant mieux!)

Nous partons en file indienne mais rapidement le groupe s'espace et je me retrouve devant tout le monde avec mon guide.
Les premiers 200 mètres sont épuisants...Il nous faut traverser un champ de roches, avec des chaussures pas du tout adaptés (vous voyez les chaussures de ski?) et être constamment sur ses gardes pour ne pas glisser ou faire un mauvais pas de côté...
il nous faut 20 minutes pour traverser tout ceci et enfin arriver sur le glacier ou l'on peut mettre les crampons.


L’ascension commence, et je suis surpris de voir que j'avance plutôt bien, la pente n’étant pas trop brutale, le rythme est soutenu mais je me sens bien en jambes.
La nuit est d'un noir profond et seul la lumière de nos frontales nous permettent de voir ou nous allons, le ciel par contre est d'une beauté parfaite.
Les minutes s’écoulent, puis les heures, je regarde plusieurs fois derrière moi pour voir ou le reste du groupe en est et je demande à mon guide plusieurs fois l’altitude.
Passé la barre des 5500 mètres, je réalise que je ne suis jamais allé aussi haut et que, si le trek continue comme ça, je suis en mesure d’atteindre le sommet…Je me sens bien, je ne suis pas fatigué, et le moral est bon.
La suite s’annonce beaucoup plus compliqué…
Arrivé à 5600 mètres, le premier obstacle se dresse devant nous, un mur de glace de 30 mètres de haut, à escalader au piolet et encordé.


L’exercice n’est pas difficile en soit, les expéditions précédentes ont taillés des marches dans la glace, donc il suffit de bien positionner son pied, de planter son piolet et de se hisser jusqu'à la prochaine marche.
Mais à 5600 mètres d’altitude, la fatigue se fait bientôt sentir…Au bout de 20 minutes d’efforts mon guide, moi et 2 autres personnes nous ayant rejoint, passons ce mur.
Et a partir de ce moment là, le temps va s’étirer et la fatigue monter en puissance.
Le froid lui, se fait de plus en plus sentir, à chaque pause de quelques minutes, le froid nous saisis et nous sommes obligés de continuer à avancer pour nous réchauffer et ne plus penser a autre chose.


a 5800 mètres, je demande a mon guide combien de temps il reste, il me répond 2h environ, et me dis avec un grand sourire : la cumbre,la cumbre !
Trop fatigué pour essayer de comprendre la signification du mot, je retiens juste les 2h encore à tenir.
5850 mètres, 5880 mètres, on avance tout doucement, j’essaye de manger un peu pour me redonner des forces, je failli tout vomir à peine l’avoir ingurgité…Le message est clair, tout mon organisme tourne dans un seul but, continuer à avancer jusqu’au bout.


C’est la ou arrive le moment tant attendu, le sommet est en vue…Telle une gigantesque ombre dans la nuit, on discerne l’arête du sommet.
Et la arrive le plus gros défi physique de toute ma vie…En y regardant de plus prés, l’aube se levant petit à petit, je ne distingue pas de marquage, pas de traces au sol qui permettent de voir quel chemin emprunter pour accéder au sommet.

Le guide me répond : la Cumbre ! qui en espagnol veut dire le sommet, mais surtout a cet instant désigne le chemin en zigzag qui court sur une pente que j’estime a 45 degrés sur au moins 150 mètres…
Nous sommes à 5950 mètres d’altitude, premier de notre groupe, il est 5.45 du matin il nous reste 150 mètres à parcourir pour atteindre le sommet.

A ce moment la, tout se joue dans la tête. Le froid, la fatigue, l’épuisement, il faut faire abstraction de tout ceci.
Le guide lui-même me dit que beaucoup de gens abandonnent à ce moment précis, du fait de l’épuisement et de la pente qui se dresse devant nous.
Bien que fatigué, il est hors de question pour moi d'abandonner si prés !
Mon guide passe devant, je le suis juste derrière encordé avec moi, et nous commençons la dernière ligne droite (façon de parler).

Les premiers 30 mètres sont relativement plats, et puis vient le premier zigzag, et la pente prend une sérieuse inclinaison et je réalise la difficulté que va représenter la dernière étape...

Jamais je n'ai avancé aussi lentement de ma vie...mes jambes ne me portent plus, la pente casse le rythme, nous avançons de 10 mètres en 10 mètres, nous nous reposons 1 minute et le guide me fait signe de continuer, il passe devant, tire sur la corde et je me retrouve propulsé vers l'avant comme un pantin désarticulé.
On passe un zigzag, puis un deuxième, un troisième, j'en perd le compte et je m'en moque, je n'en peux plus, je suis arrivé au bout de mes forces physiques, et ce maudit sommet qui ne semble pas se rapprocher...


Et puis après 20 interminables minutes, je m'affale de tout mon long sur une surface un peu plus plate et surprise...c'est le sommet !!!
Je me concentrais tellement sur mes pas que je n'ai pas réalisé qu'on était au bout !!!
J’étreins mon guide, qui m'a littéralement tiré les 30 derniers mètres, et je réalise que je suis le premier en haut! les autres viennent de commencer les 150 derniers mètres en zigzag.

Il est 6h15 du matin, nous avons mis 30 minutes pour faire 150 mètres !!
L'aube commence a apparaître, je me tourne et je peux voir les lumières de la Paz qui semblent très proches vu d'ici.

6H30, le spectacle peut commencer, le soleil arrive et étincelle la neige, qui scintille de mille feux, je peux sortir mon appareil photo que j'avais précieusement gardé au chaud dans mon sac entouré de pulls tout le long pour éviter de décharger les batteries.

Nous restons une vingtaine de minutes au sommet, je savoure vraiment tout le bonheur d’être la, l'effort consentie, la fatigue, sont évacués par l'exaltation d’être la...6088 mètres d'altitude...

quasiment 3km plus haut se situe le Mont Everest (8848 mètres d'altitude),je n'ose imaginer le défi que d'aller tout la haut..
Il est temps de repartir, nous redescendons cette pente très raide, tellement difficile a grimper et tellement plus facile a descendre !
Avec le jour qui s'est levé, nous pouvons apercevoir toute la splendeur qui nous entoure, le blanc immaculé, les stalactites, les montagnes environnantes, bref un spectacle dantesque !


Nous repassons le mur, que nous avions escaladé plus tôt, cette fois en sens inverse, mon guide passe le premier et m'assure ensuite avec la corde au cas où je ferais un pas de côté (descendre une paroi verticale en arrière n'est pas une de mes choses préférées!)

Nous mettons environ 3 heures pour redescendre, et c'est vers 9h du matin que j’aperçois le refuge, à bout de force (le poids de l’équipement, les chaussures, l'effort on eut raison de moi),nous repassons par les 200 mètres de rochers tout en faisant bien attention de ne pas glisser (a ce moment la du trek ça serait vraiment stupide) et j'arrive enfin exténué mais heureux au refuge !

Ma compagne m'y attend, je m'affale dans le lit, j’enlève tout l’équipement, de la fumée sort de mes chaussures quand je les enlève (mélange de transpiration et de chaleur) et je commence à raconter par quelques phrases comment était le trek.
Je lui dis qu'effectivement c’était très dur et je doute qu'elle aurait été capable physiquement de tenir tout le long.

Elle me dit qu'elle aurait voulu être au sommet avec moi, et je réponds : mais tu y étais...ici et là (en pointant ma tête et mon cœur).